| Les jumeaux | ||
| Catégorie: ENFANTS, ADOLESCENTS | |||||
| Travail présenté dans le cadre de la formation en relation d'aide
avec Jacques Poujol par Christine Michellod en Avril 2000 LIVRES DE REFERENCE - Le paradoxe des jumeaux, de René Zazzo, édition Stock - Les jumeaux, de Jean-Claude Pons et René Frydman, édition Que Sais-je ? - Le guide des jumeaux, de Régine Billot, édition Balland TABLE DES MATIERES I VRAIS ET FAUX JUMEAUX 1. Introduction 2. la conception des vrais jumeaux 3. la conception des faux jumeaux II LA PSYCHOLOGIE DES JUMEAUX 1. Relations précoces mère-jumeaux A/ tendances égalitaristes B/ attachement préférentiel C/ deux pôles opposés 2. L’enfance A - La première enfance -· Retard dans l’acquisition du langage -· La cryptophasie -· Les jumeaux en miroir B – Identité gémellaire - La conscience de soi -· Les prénoms des jumeaux -· Les vêtements des jumeaux C- La personnalité des jumeaux -· Le caractère des jumeaux mono et dizygotes -· L’effet de couple D- Le lien gémellaire -· Lors de la période scolaire -· Les frères ennemis -· Dominant et dominé 3. L’histoire des jumeaux 4. La mythologie gémellaire III COUPLE ET EFFETS DE COUPLE - La méthode et approche de Galton - La méthode et approche de Gesell - La méthode et approche de René Zazzo IV DEGEMELLISER I VRAIS ET FAUX JUMEAUX 1. INTRODUCTION La science des jumeaux s’appelle la gémellologie. Jumeaux signifie nés le même jour. L’appellation vrais ou faux jumeaux qui est couramment utilisée est en réalité très impropre à la différence qui caractérise les jumeaux. Ceux que l’on appelle des faux jumeaux n’en sont pas moins des jumeaux puisque le terme désigne des enfants nés d’un même accouchement. Imaginez l’impact d’un tel mot sur des enfants qui entendent « vrai » ou « faux » pendant toute leur enfance. C’est pourquoi, il serait préférable d’utiliser les termes scientifiques, soit monozygotes pour les vrais et dizygotes pour les faux jumeaux. La zygotie est la nidation de l’œuf. 2. LA CONCEPTION DES VRAIS JUMEAUX Un seul spermatozoïde féconde un seul ovocyte. Un accident dont l’origine est mal comprise survient. L’œuf se clive en deux parties. Cette séparation peut survenir à n’importe quel moment dans les quatorze jours qui suivent la fécondation. La date de cette séparation détermine les différents types de jumeaux monozygotes : - séparation précoce, dans les deux premiers jours - séparation tardive, entre le 3e et le 7e jour. Le clivage se fait à cette période dans 70 % des cas. - Séparation très tardive, au-delà du 8e jour, exceptionnelle dans 1% des cas. - Séparation encore plus tardive, elle est incomplète et il s’agit de siamois. 3. LA CONCEPTION DES FAUX JUMEAUX Les jumeaux dizygotes proviennent de deux œufs différents fécondés par deux spermatozoïdes différents. Cela suppose une double ovulation. Ce phénomène de double ovulation peut exister spontanément. Il survient plus fréquemment lorsque la patiente reçoit des inducteurs de l’ovulation. Il est important à la naissance de connaître la zygosité dans le but de satisfaire une curiosité bien légitime, de la part des parents. En effet, un doute sur la zygosité peut en tout cas être très perturbant, et pour les parents, et pour les enfants. De même que l’on a toujours besoin de connaître ses origines ; savoir si son jumeau et issu du même œuf que soi est un élément non négligeable de sa propre histoire. Le sujet est d’autant plus permanent qu’il est constamment alimenté par l’entourage extérieur. C’est la question qui est la plus posée aux parents : S’agit-il de vrais ou de faux jumeaux ? II LA PSYCHOLOGIE DES JUMEAUX 1. LA RELATION PRECOCE MERE - JUMEAUX A - Tendances égalitaires La réaction de la mère devant son manque de disponibilité pour chacun des enfants est le développement des tendances égalitariste : il faut que les deux bébés soient égaux. Le souci de ne pas favoriser un enfant par rapport à l’autre entraîne deux types de comportements : soit de tout faire en même temps pour les deux enfants, soit de faire la même chose avec l’un puis avec l’autre. A l’occasion des jeux, de nombreuses femmes expriment leur difficulté à supporter le regard de l’enfant dont elles ne s’occupent pas. B - Attachement préférentiel Il est essentiel au niveau des équipes médicales de favoriser la présence des deux enfants auprès de leur mère. Dans la mesure du possible, que la mère puisse quitter la maternité avec ses deux bébés afin d’éviter de rendre plus difficile les mécanismes d’attachement déjà fort complexes. C - Deux pôles opposés Le premier pôle est la gémellisation précoce. La mère traite ses enfants comme s’ils constituaient une seule personne. Ce comportement extrême est celui des mères égalitaires. L’autre pôle est la tentative d’instaurer avec chaque jumeau une relation individualisée. Les relations entre jumeaux sont limitées au profits de la relation de chaque jumeau avec sa mère. La classique relation mère-nouveau-né est une relation dyadique. Cette relation se transforme en une relation triadique entre la mère et ses jumeaux. Dans la réalité, la mère de jumeaux n’est jamais seule face à son enfant, la présence de celui dont elle ne s’occupe pas est constante. Cette relation triadique est complexe mais parfois facilitée par la présente du père qui lorsqu’il réussit à s’inclure dans la triade mère-jumeaux rend possible l’installation de deux relations dyadiques. 2. L’ENFANCE A - LA PREMIERE ENFANCE - Le retard d’acquisition du langage Le retard de langage des jumeaux touchant la petite enfance est un phénomène transitoire. Les jumeaux constituent un couple, le plus souvent très unis à tel point que la communication avec l’extérieur est diminuée. L’enfant jumeau a avec sa mère une relation moins fréquente et moins importante que s’il était un enfant unique. Il est logique que l’acquisition du langage soit différente chez les jumeaux. Leur premier univers de communication est celui qu’ils créent entre eux. Chacun va être le témoin et l’acteur permanent de la vie de l’autre. C’est par le langage vocal qu’ils commencent à établir leur relation, puis par le regard, et le langage gestuel. On constate donc un retard de langage qui concerne d’après les études dont on dispose environ un tiers des jumeaux et qui peut varier de quelques semaines à six mois. Ils s’atténuent très rapidement et ne sont plus perceptibles, la plupart du temps, à l’âge de la scolarité. - La cryptophasie La cryptophasie, terme forgé par René Zazzo, est l’existence d’un langage particulier entre les jumeaux. Ce langage peut prendre des formes variées. Au minimum, il s’agit de quelques variantes dans la prononciation des mots ou d’un remplacement d’une lettre par une autre. Au maximum, les jumeaux communiquent dans un jargon mystérieux et incompréhensible qui peut retarder les progrès scolaires. - Les jumeaux en miroir Le couple en miroir signifie que l’un est gaucher alors que l’autre est droitier. Ce phénomène de couple en miroir ne concerne pas seulement l’habileté de la main droite ou de la main gauche, mais aussi l’implantation des cheveux et les empreintes digitales. B – IDENTITE GEMELLAIRE - La conscience de soi La conscience de soi passe par la reconnaissance de son image dans le miroir. Les jumeaux bien souvent au cours de leur enfance, même à l’âge adulte, préfèrent utiliser le « on » ou le « nous » plutôt que le « je ». Dans les premières années de la vie, l’enfant jumeau a des difficultés à distinguer son propre corps de celui de son jumeau. Au début, la confusion des corps est totale, l’enfant unique qui suce son pouce finit par acquérir la notion que ce pouce lui appartient. Pour tous les enfants, la reconnaissance de l’autre précède la reconnaissance de soi. Il est possible que les jumeaux aient une double conscience à partir de l’âge de 2 ans, une conscience de soi en tant qu’individu à laquelle s’ajoute une conscience supplémentaire. Le jumeau est à la fois une personne et le « membre d’une paire ». - Les prénoms des jumeaux Un tiers des parents de jumeaux choisissent des prénoms qui se ressemblent. Mais il est préférable de choisir des prénoms aux sonorités bien différentes. Le prénom est le premier élément de reconnaissance sociale qui identifie un enfant par rapport à ses frères et sœurs. L’attribution de prénoms bien distincts est donc essentielle du premier élément d’identité pour l’extérieur. - Les vêtements des jumeaux Le principal conseil éducatif donné par René Zazzo aux parents de jumeaux est de « dégémelliser ». La règle dégémellisante aboutit à une garde-robe pour chaque enfant. En ce qui concerne les habits, on se contente souvent d’acheter les mêmes modèles de couleurs différentes, pour des raisons pratiques ou par manque de choix. Il est évident que la différenciation uniquement par la couleur est insuffisante car on perpétue l’aspect « déclinaison » plutôt que de prendre la peine de varier également la matière, la forme etc. C – LA PERSONNALITE DES JUMEAUX Les jumeaux sont généralement les premiers à le reconnaître : « Nous n’avons pas le même caractère du tout ». - Le caractère des jumeaux mono ou dizygotes. Dans le premier cas, celui des vrais jumeaux, les parents décrivent une sorte d’alternance des comportements en particulier en ce qui concerne les relations sociales. Les relations s’inversent. Un jumeau paraît à l’aise, bien dans sa peau à certains moments, et à d’autres moments il est mal à l’aise, exprime son mal de vivre. La situation de son co-jumeau est inverse. - Les effets de couple Pour René Zazzo, les jumeaux constituent un modèle d’étude des phénomènes de couples. Ses réflexions amènent aujourd’hui à favoriser au maximum une différenciation des jumeaux pour leur éviter l’aliénation que crée une relation de couple excessive. D – LE LIEN GEMELLAIRE Les premières questions à résoudre est de savoir si ce lien qui unit les jumeaux est plus fort que celui qui unit de simples frères et sœurs. Les parents ne sont pas neutres face à la construction du lien gémellaire. Cette relation privilégiée entre deux enfants ne se construit pas toute seule de façon inéluctable. Certains parents idéalisent le couple gémellaire au point de s’effacer devant lui, la relation parent-enfants devint secondaire en face de l’importance de la relation entre les jumeaux. - Lors de la période scolaire Lors de cette période se pose le problème de la séparation éventuelle des deux jumeaux. Les parents de jumeaux se trouvent de nouveau pris dans un paradoxe éducatif : séparer les jumeaux, c’est peut-être les faire souffrir. Les parents s’en trouvent culpabilisés. En même temps, ne pas les séparer, c’est priver chacun d’eux d’une chance d’expression individuelle. Dans l’état actuel des connaissances, la question de la séparation des jumeaux à l’école doit être posée au cas par cas. - Les frères ennemis Ce phénomène a été décrit par René Zazzo sous le nom de syndrome de Rebecca, en se référant aux jumeaux de la Bible. Jacob et Esaü. - Dominant et dominé Cette notion est largement passée dans l’esprit des parents et des éducateurs. N’est-elle pas l’expression de la différence entre deux individus ? Le couple gémellaire fonctionne non pas sur un modèle hiérarchique, mais avec une spécialisation des jumeaux, l’un étant un peu « le ministre de l’Intérieur », les spécialiste des affaires du couple, alors que l’autre apparaît comme « le ministre des Affaires étrangères », spécialiste de la parole et de la communication. Lorsque les jumeaux sont de sexe différent, leur complémentarité paraît naturelle. Mais paradoxalement, c’est le plus souvent la fille qui est considérée comme dominante. 3. L’HISTOIRE DES JUMEAUX L’histoire des naissances multiples se confond à l’origine avec les légendes. Dans l’Antiquité, la naissance de jumeaux est interprétée comme le résultat de l’intervention des dieux. - Le statut des parents Avant le 18ème siècle, le statut de l’homme et de la femme est radicalement différent. L’homme est glorifié, la naissance multiple est la démonstration de sa virilité quasiment divine. La femme n’a pas le beau rôle. La grossesse multiple la plonge dans l’animalité. - Les statuts des jumeaux et des enfants multiples. La naissance de jumeaux identiques, en miroir, sont considérés dans la France des 16ème et 17ème siècles comme le résultat d’un maléfice. Cette idée persiste jusqu’au 19ème siècle. - Le droit d’aînesse Dans l’Ancien Régime, les successions se règlent selon le droit d’aînesse. Il est donc essentiel dans une fratrie de jumeaux de savoir lequel des deux enfants doit être considéré comme l’aîné. Depuis toujours, deux théories s’affrontent. Soit l’aîné est le premier-né, soit c’est celui qui a été mis le premier au fond de la matrice et donc celui qui naît en second. Sous l’Ancien Régime, l’aîné est le premier-né ou celui qui tente de sortir le premier et présente devant son jumeau un pied ou une main. 4. MYTHOLOGIES GEMELLAIRES 1. LES JUMEAUX BIBLIQUES A – La gémellité originelle : Adam et Eve L’Ancien Testament ne désigne pas explicitement Adam et Eve comme des jumeaux. C’est à partir de la même chair que Dieu crée deux êtres séparés et de sexes opposés. Le mythe d’Adam et Eve provient probablement d’un mythe fondateur beaucoup plus ancien, celui de l’androgyne, c’est-à-dire d’une première créature à la fois homme et femme portant en elle-même l’origine de l’humanité. B – Jacob et Esaü Le récit biblique illustre le thème de la rivalité entre jumeaux. Ils sont les premiers jumeaux de la Bible. Isaac était le fils d’Abraham. Il épousa Rébecca à l’âge de 40 ans. Rébecca était stérile. Sensible à ses prières, Yahvé lui permit de devenir enceinte malgré son âge avancé. Elle sentit deux enfants bougés dans son ventre. Rapidement, Rébecca prit conscience que ses jumeaux in utero étaient entrés en lutte. Elle alla consulter Yahvé : « S’il en est ainsi, lui dit-elle, à quoi bon vivre ? » Ce signe de la lutte entre les jumeaux dans l’utérus maternel est éprouvé par de nombreuses femmes enceintes. René Zazzo l’a appelé le « syndrome de Rébecca ». Dans la légende biblique, il s’agit d’une véritable « Annonciation » de la réalité qui existera entre les jumeaux au cours de leur vie. Elle se retrouve dans d’autres légendes en particulier dans la mythologie grecque. Yahvé répondit à Rébecca : « Il y a donation en ton sein, deux peuples issus de toi se sépareront, un peuple dominera l’autre, l’aîné servira le cadet. » Nous retrouvons ici le thème gémellaire classique du droit d’aînesse. C’est l’origine d’un deuxième combat entre les jumeaux au moment de l’accouchement. Selon les critères de la Bible, l’aîné est le premier-né. Esaü réussit à venir au monde le premier, mais Jacob essaie de le retenir par le talon, d’ou le nom de Jacob (Ageb signifie talon en hébreu). III COUPLE ET EFFETS DE COUPLE 1. METHODE ET APPROCHE DE GALTON Les jumeaux sont deux individus parallèles, une paire, pas un couple. 2. METHODE ET APPROCHE DE GESELL Les jumeaux identiques n’étaient jamais parfaitement semblables, même du point de vue physique : « Dès la naissance, disait-il, on peut déceler des petites différences. » Et il ajoutait que c’étaient là, pour tout leur devenir, des différences prophétiques. Il a vu les différences mais il n’a pas vu le couple, il ne l’a pas vu ou n’a pas voulu le voir. Tout être humain, proclame-t-il, est un être singulier, une personne, et les jumeaux ne font pas, ne peuvent pas faire, exception à la règle. Alors chaque enfant, même jumeau, porte en lui les signes d’une singularité imprescriptible. En somme, pour lui, le mérite des jumeaux est d’illustrer envers et contre tout, contre les puissances de l’hérédité, contre les pouvoirs du milieu, le principe de singularité. 3. METHODE ET APPROCHE DE RENE ZAZZO René Zazzo considère le couple gémellaire comme le révélateur, comme l’analyseur privilégié de la vie en couple de n’importe quel couple. « L’idée m’en est venue un jour à propos d’un de mes amis, un jumeau mais dont la qualité de jumeau m’était indifférente. Il était âgé d’une trentaine d’années et je ne m’intéressais alors qu’aux jumeaux enfants. Je ne connaissais même pas son frère. Voilà donc que cet ami m’appelle au secours. Son frère, me dit-il, a l’intention de se marier. Il veut que je l’aide en dissuadant son frère de se marier, de briser le couple fraternel. Et je me suis dit : mais c’est une affaire banale sous son apparence extraordinaire ! Une histoire d’amitié, une histoire d’amour au moment crucial de la rupture, de l’infidélité d’un des partenaires. Alors j’en ai conclu qu’il me fallait reprendre mes observations sous cet éclairage et aussi bien avec des jumeaux adultes chez qui le processus de détachement, de rupture, pouvait être analysé, qu’avec des enfants et des adolescents. C’est dans cette nouvelle perspective que mon livre de 1960 a été conçu. C’est dans cette même perspective que le romancier Michel Tournier à écrit Les Météores. Exactement dans la même perspective puisque ses personnages ne sont autres que mon ami et son frère dont il avait lu l’histoire dans mon livre. » Un couple de jumeaux est un couple excessif et non pas un couple exceptionnel, et nous pouvons dire que nous sommes tous des jumeaux dans le fait que notre vie, que notre individualité ne s’accomplissent vraiment qu’en conjonction avec un autre avec les autres. Dès la naissance, il y a couple de nature : la mère et l’enfant. Puis il y aura création de couples électifs : le couple de copains, le couple d’associés, le couple de rivaux. La vocation du savant, c’est de découvrir quels sont les effets du couple sur chacun des partenaires. C’est impossible, sauf peut-être avec des jumeaux identiques. Eux seuls nous offrent une chance. Ils réalisent naturellement l’expérience qui consisterait à voir ce qui se passerait entre deux individus si l’on avait annulé tout ce qui contribue à les différencier : l’âge, le sexe, le milieu et, ce différenciateur incontournable, l’hérédité. Alors si, après annulation de toutes ces sources de différence, des différences apparaissent quand même, et fortement, il faudra bien leur trouver d’autres sources et d’autres explications. La principale loi du couple est d’organiser les rôles des partenaires et donc de les différencier. Mais les choses ne sont pas simples pour deux raisons. 1.- Tout couple est structuré et structurant. Bon, mais concrètement comment joue-t-elle ? 2.- La seconde raison m’aidera dans une certaine mesure à éclairer la première. On peut invoquer des sources de différences qui apparemment n’ont rien à voir avec le couple. Les différences prophétiques observées par Gesell à la naissance. Et mes moustaches, je veux dire les moustaches des inspecteurs Dupont et Dupond dont j’ai fait remarquer qu’elles étaient en sens inverse. Différence de poids à la naissance. - Entre jumeaux monozygotes, la différence moyenne est d’environ deux cents grammes. Un peu plus entre jumeaux dizygotes. Mais voilà que je constate, de façon rétrospective, que le jumeau dominant est souvent celui qui pesait le plus lourd à la naissance. Incroyable. Alors, pour le jumeau nouveau-né qui cumule le double handicap d’être le petit poids et le cadet, les risques sont grands d’être à la traîne de son frère. Le jumeau né le premier est le cadet. Deux traditions contraires : le premier sorti et le second sorti. Par le partage des jumeaux ; l’un sera le jumeau du père, l’un sera le jumeau de la mère Le coupe parental se projette par des voies très complexes dans la structuration du couple gémellaire. IV DEGEMELLISER Le principe éducatif est toujours la même règle d’or : aider tout enfant dans la conquête de son identité, de son autonomie. Risques à éviter : l’autosuffisance que les partenaires ont naturellement tendance à établir entre eux. Comment ? En ne les laissant pas collés l’un à l’autre, en s’occupant de chacun individuellement. Plus tard, saisir toutes les occasions de séparation, fussent-elles brèves, favoriser pour chacun des jumeaux des camaraderies et des amitiés qui lui soient personnelles. Ne donnez pas aux jumeaux des prénoms qui se jumellent entre eux, par assonance ou par association ou par miroir : pas d’Albert et Robert, d’Aline et Pauline, de Victor et Hugo, de Marc et Aurèle, de Marie-Louise et Louise-Marie – ou qui, engendrant des confusions d’état civil, commencent par les mêmes initiales. Ne les faites pas coucher dans le même berceau et plus tard dans le même lit. Ne les accoutrez pas de vêtements identiques. Evitez de leur donner le même jeu en double exemplaire. Ne vous extasiez pas de leurs ressemblances, à haute voix, n’en jouez pas pour vous amuser ou déconcerter les étrangers. Quand vous les interpellez ou que vous parlez d’eux, évitez de dire « les jumeaux ». Désignez-les par leurs prénoms respectifs… Il faut aider les jumeaux à couper entre eux le cordon ombilical, à s’émanciper l’un de l’autre comme l’enfant singulier s’est émancipé peu à peu de sa mère, sans d’ailleurs cesser de l’aimer. Conclusion Les travaux de René Zazzo aboutissent à situer à leur juste place les puissances de l’hérédité. Simplement, il prend en considération, en plus de l’hérédité et du milieu, un troisième facteur jusqu’alors méconnu : la vie du couple, une sorte de micro-milieu. Mais pour certains traits comme l’intelligence, les « effets-de-couple » sont pratiquement nuls. Pour d’autres traits, pour tout ce qui concerne l’affectivité et la sociabilité, les « effets-de-couple » sont d’un tel impact qu’ils tendent à effacer ou à éclipser les messages de l’hérédité. Il faudrait qu’on puisse un jour établir un inventaire, une analyse hiérarchique de tous ces traits en prenant en compte ces trois dimensions de l’hérédité, du milieu et du couple. Et peut-être découvrira-t-on d’autres facteurs encore inconnus. Deux idées sont fondamentales dans ma contribution à la psychologie des jumeaux : les jumeaux sont des couples excessifs et non d’exception, l’individuation des jumeaux est un paradoxe puisqu’elle s’affirme en dépit des pouvoirs de l’hérédité et du milieu. Ces deux idées, ces deux notions sont sous-jacentes à tout ce que j’ai publié depuis trente ans sur les jumeaux et ce que je désigne comme « effets-de-couple ». ANNEXE : HERGÉ, LES JUMEAUX DE PÈRES DIFFÉRENTS Parmi les nombreux mystères qui planent sur l’œuvre d’Hergé, Les aventures de Tintin, il en est un, et non des moindres, soulevé par la différence d’orthographe dans les noms des deux frères jumeaux policiers, Dupont et Dupond. Chacun connaît la minutie d’Hergé et son sens de la précision. Cette différence n’est pas due au hasard. Hergé aurait eu toutes les facilités pour imaginer des prénoms se ressemblant ou en miroir s’il l’avait souhaité. Or, il introduit une différence dans le nom de famille. Le psychanalyste Serge Tisseron, en 1985, a émis l’hypothèse que ces aventures contenaient l’histoire d’un secret auquel Hergé lui-même avait été confronté pendant son enfance. Cette théorie de Serge Tisseron a été confirmée en 1988 à la mort d’Hergé. Il existe effectivement un secret dans la filiation d’Hergé. Le mystère tourne autour du grand-père de l’auteur des Aventures de Tintin, Alexis Rémi. Alexis Rémi avait un frère jumeau monozygote Léon. L’hypothèse que les jumeaux (et donc le père de Hergé) pouvait être des bâtards, dont le vrai père était un homme illustre semble extrêmement probable. En 1992, dans Tintin et les secrets de famille, Serge Tisseron se livre à une relecture profonde de l’œuvre de Hergé. Il pose la question : « Comment se nomme le père des Jumeaux policiers ? Est-ce Dupond… ou Dupont ? Les jumeaux n’auraient-ils pas finalement deux pères ? (…) Il n’est pas difficile de voir dans cette orthographe la même enseigne visuelle – par un travail identique à celui du rêve – du secret familial autour des « deux pères » de Alexis et Léon, le géniteur secret et l’ouvrier agricole Rémi. » |
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Informations détaillées | |||||
| Auteur: | Ch.Michellod | ||||
| Editeur: | |||||
| Langue: | français | ||||
| Année: | 2000 | ||||
| Ajouté le: | 21-02-2004 | ||||
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